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mardi 12 février 2008, par Ale [admin]
Un petit "malade de la lune" reconduit en Algérie ?
Il enfonce sa casquette pour cacher ses oreilles. A 12 ans, Walid a appris à soustraire son visage au regard des autres. Un visage plein de taches de son mais surtout défiguré par un mal rare, "la maladie de la lune". La lumière du jour (notamment les ultra-violets) fait pousser sur sa peau des tumeurs que des bistouris doivent au plus vite retirer. Emportant à chaque fois un petit bout du visage de Walid.
L’enfant est algérien, comme ses parents qui ont traversé la Méditerranée, en juin 2006, pour qu’il soit soigné. À Marseille, des assistantes sociales, des médecins ont permis que l’enfant soit scolarisé, suivi, entouré, aidé psychologiquement… À Annaba, au nord-est du pays, ce n’était pas possible, faute de filtres sur les vitres de l’école, de prise en charge spécifique. Ses parents s’étaient heurtés à l’indifférence. Alors Walid restait reclus chez lui.
L’appartement de ses parents, à Marseille, a été équipé tout comme la voiture qui, chaque matin, conduit Walid de son domicile jusqu’à son école, un établissement spécialisé de l’Éducation nationale ouvert aux "enfants de la lune". Walid a enfin pu obtenir une tenue pour se protéger du jour, une protection anti-UV à 100%. "Dans un tissu fabriqué par la Nasa", explique fièrement son père.
C’est dans ce drôle d’accoutrement d’apiculteur que Walid était l’autre jour au tribunal administratif. Ainsi vêtu, il attirait l’attention des trois juges qui doivent statuer prochainement sur l’expulsion de sa mère. Après avoir accordé deux autorisations provisoires de séjour de six mois à cette femme - c’était le père ou la mère au choix, pas les deux -, le préfet a signé, le 5 novembre dernier, un refus de renouvellement d’autorisation de séjour, assortie d’une obligation de quitter le territoire dans un délai d’un mois.
Pour se protéger du jour, un enfant malade doit porter une tenue anti-UV à 100%.
© Archives Julien David
Pour justifier son revirement, l’administration se retranche derrière l’avis du médecin inspecteur de la Ddass. Celui-ci reconnaît qu’"un défaut de prise encharge peut entraîner des conséquences d’une exceptionnelle gravité". Après avoir estimé que Walid "ne peut pas bénéficier d’un traitement approprié dans son pays d’origine", le médecin inspecteur a changé d’avis. "Avec la rente pétrolière, observe Didier Martin, secrétaire général de la préfecture, l’Algérie renforce son dispositif médical. L’enfant peut bénéficier là-bas d’un traitement. Rien ne s’oppose à un retour".
Selon Laurent Bartoloméi, défenseur de la mère de l’enfant, "le préfet ne fait état d’aucun changement survenu dans les structures hospitalières en Algérie". Pour lui, rien n’a évolué, sauf la case cochée par le médecin inspecteur. À Marseille, toute une chaîne de gens a permis d’adoucir la vie de cet enfant malade. Avant de s’embarquer pour Marseille, son père était venu se renseigner. Un contact avec Médecins du Monde lui avait donné de l’espoir. "J’ai rencontré des gens qui sont plus que des frères et des soeurs", dit cet homme.